Travail : Adam, Christ et nous (2/2)

Le triple office du second Adam

Pour aborder cette question, je vous propose de considérer le triple office que Jésus-Christ a accompli parfaitement et qui est aussi l’expression de son humanité en tant que second et dernier Adam (1 Cor 15 :45).

Jésus-Christ est effectivement celui qui a accompli parfaitement le mandat dans lequel a failli Adam lors de sa période probatoire dans le jardin d’Eden. D’ailleurs, le travail était quelque chose qui faisait partie intégrante du mandat qu’il lui avait été fixé avant qu’il ne désobéisse (Gen 2 :15). Le travail n’est pas le résultat de la chute : c’est le travail, alors comme pénible, au sein d’une création brisée par le péché (Gen 3.17-24) et soumis à la vanité qui est la conséquence du juste jugement de Dieu à cause de la désobéissance d’Adam (Rom 8.19-28), désobéissance qui est aussi nôtre car lorsqu’Adam a péché nous avons tous péché en Lui (Rom 5.12-21). Mais son mandat au sein de la création ne se doit pas d’être limité aux seuls commandements de cultiver le jardin et d’avoir des enfants. Ces deux choses en faisaient partie. Mais Adam avait aussi un rôle bien spécifique en Eden. Son rôle était triple :

  • Prophète (catégorie liée à la communication) : Il avait reçu un commandement de Dieu (Mandat créationnel et interdiction de toucher de l’arbre de la connaissance du bien et du mal), dans le cadre de l’alliance qui l’unissait à son Créateur, et il devait le transmettre à sa femme et sa descendance.
  • Prêtre (catégorie cultuelle) : Il était celui qui avait été désigné pour garder ce temple primitif que constituait Eden et y être un vrai adorateur.
  • Roi (catégorie liée à l’autorité) : Il était celui qui avait été désigné pour être le vice-régent au sein de la Création. Dieu lui avait donné autorité sur la création et il se devait d’être, en tant qu’homme créé à l’image de son Créateur, un vice-régent qui  accomplit son mandat dans une attitude de soumission pleine et entière envers Son Créateur.

Ceci faisant, il aurait pu alors répandre la gloire de Son créateur, au travers des futures générations, jusqu’aux extrémités de la terre. Mais Adam et Eve désobéirent.

Jésus-Christ est celui qui a été vainqueur là où Adam a échoué, là où nous avons échoué. Il est le prophète parfait, car c’est lui, le logos incarné, qui nous permet de connaitre le Père. C’est lui-même qui est la conclusion et la pleine consommation des paroles données par Dieu à son Peuple (Heb 1.2). Il est le prêtre parfait selon l’ordre de Melchisédech (Heb 7), car c’est lui qui a offert son sang, sa vie et l’a présentée à Dieu le Père en traversant un temple plus grand et plus parfait qui n’appartient pas à cette création (Heb 9.11). Il est le roi parfait qui a inauguré son règne lorsque le Père l’a ressuscité d’entre les morts, il siège dès à présent à sa droite et il règne (Rom 1.4). C’est son identité messianique lors de son incarnation (manifestée dans ce triple office), expression pleine et entière du plan de la rédemption décidée depuis toute éternité au sein même de la Trinité, qui caractérisa chacun des travaux qu’il accomplit durant son ministère.

Travailler en Christ

Qu’en est-il de la pertinence d’une telle réalité dans la compréhension de notre travail quotidien ? Il convient une fois de plus de se poser une autre bonne question pour y répondre. Je vous propose que cette question fondatrice ne devrait pas être premièrement : Est-ce que je le fais pour Christ ? Mais, bien qu’il y ait une légitimité dans une telle question, la priorité devrait être donnée à la question suivante : Est-ce que je le fais en Christ ?

Le salut que nous avons reçu en Christ ne se doit pas d’être compris comme la simple réception d’un badge sur lequel est écrit « sauvé ». Le salut que nous vivons dans la foi que nous manifestons en Christ est une grâce que nous avons reçue lorsque le Saint-Esprit nous a unis au Seigneur Jésus-Christ ; c’est ainsi que le Saint-Esprit nous appliqua l’ensemble des bénéfices de la rédemption accomplie par Jésus-Christ dans sa mort et sa résurrection (Rom 6).

Dans cette œuvre divine de notre union au Christ, Dieu nous a aussi revêtus en quelque sorte de ce triple office qui caractérisait le travail messianique du Christ. L’œuvre qu’a accomplie Christ est unique et non reproductible, cela va de soi. Mais c’est en lui que nous sommes devenus un royaume de sacrificateurs pour Dieu (Apo 1 :6, 1 Pi 2 :9). Les répercussions identitaires d’une telle transformation sont alors importantes dans notre compréhension du travail que nous exerçons dans ce monde tout en n’étant pas de ce monde :

  • En tant que Prophètes, nous sommes des outils de la communication de la grâce commune et spécifique de Dieu. En effet, Dieu nous appelle à jouer un rôle important dans la dynamique de ce que nous communiquons. C’est en effet la parole de l’évangile qui nous a transformés, et c’est cette même parole qui façonne nos paroles, nos actes et nos émotions. Nos attitudes constituent ainsi un outil au travers duquel l’évangile (révélation spécifique) sera reflété ou non. C’est parce que nous avons trouvé notre identité dans l’évangile de Jésus-Christ que nos attitudes professionnelles seront teintées de la grâce, de la bonté et de la joie présentes dans l’évangile. Et ceci ne doit pas être perçu comme un effort d’adaptation, mais avant tout comme la manifestation de notre identité au sein du travail pour lequel Dieu nous a équipés afin d’être aussi une manifestation de sa bienveillance et sa grâce commune (par un travail bien accompli dans une bonne attitude) au sein de ce monde rebelle. Les incroyants devraient ainsi voir dans nos attitudes, non seulement une manifestation de l’évangile, mais aussi un moyen par lequel ils pourraient glorifier la providence de Dieu (1 Pi 2 :12).

 

  • En tant que prêtres, nous avons comme mandat d’être des adorateurs qui offrent leur corps et leur esprit comme un sacrifice de bonne odeur pour notre Dieu (Rom 12.1). Nous n’avons pas besoin de nouveaux médiateurs pour être réconciliés avec Dieu notre Père, nous pouvons nous approcher, en Christ, de son trône sans crainte (Heb 4 :16) et apporter l’offrande de notre vie. Ainsi, notre travail est aussi le lieu dans lequel Dieu nous envoie et nous appelle à manifester cette réalité. Nous agirons ainsi de sorte que nous manifesterons un détachement pour la gloire des hommes…car c’est la gloire de Dieu qui nous captive. De plus, ce détachement vis à vis de la gloire des hommes (qui n’empêche en rien le désir d’excellence) est aussi un témoignage du fait que nous ne cherchons aucune médiation humaine dans la construction de notre identité…Jésus-Christ, sur la face duquel resplendit la gloire du père, est celui qui est notre médiateur, le fondement même de notre nouvelle identité.

 

  • En tant que rois, nous sommes effectivement héritiers d’un royaume et nous sommes déjà assis avec lui dans les lieux célestes (Eph 2 :6). Un royaume qui n’est pas de ce monde et dont Jésus-Christ en est à la fois le roi et l’inauguration (en tant que prémices de la résurrection). Nous ne sommes que vice-régents ici-bas, et notre loyauté est avant tout dirigée vers notre Roi Jésus. Ainsi, il existe une expression de cette royauté dans la manière dont nous travaillons. En effet, notre éthique et notre respect de l’autorité sont des moyens par lesquels nous manifestons avant tout notre soumission à notre Roi. Ce sont des déclarations claires de notre rejet de toute forme de relativisme et d’anthropocentrisme. C’est aussi la manifestation de notre reconnaissance que Jésus-Christ est Roi dès à présent.

Je n’ai bien sûr pas cité toutes les implications de la pertinence et de la légitimité d’une vision vocationnelle du travail séculier. D’autant plus que ces implications comporteront des caractéristiques différentes selon le type de travail et le degré de responsabilité qu’il lui sont propres. Mais il est important de ne pas oublier que notre travail « séculier » ne doit pas être compris comme étant de moindre valeur ou de moindre importance qu’un emploi dans l’église locale. Les deux sont une manifestation d’une vocation dans laquelle Dieu nous appelle à exprimer notre identité acquise dans notre union au Christ de sorte que l’excellence que nous manifesterons ne sera pas notre identité mais, en plus d’être une bénédiction pour le monde qui nous entoure (grâce commune), sera le témoignage de ce qu’est l’homme en tant que créature au sein de la création. De plus, l’excellence ne se définit pas simplement par notre productivité, mais l’excellence est la conjugaison harmonieuse entre ce que le corps produit et ce que le cœur exprime dans une finalité exclusivement doxologique (une finalité où Dieu seul est glorifié).

Pour conclure, nous pourrions nous poser la question suivante : comment apprendre et articuler cela dans ma profession ?  Une des réponses qui me parait la plus fructueuse se trouve bien-sûr dans la dynamique communautaire. L’église locale est le lieu par excellence où des hommes et des femmes, possédant cette même identité centrée sur le Christ, peuvent s’associer spécifiquement lorsqu’ils possèdent le même emploi. Et ceci afin de réfléchir, à la lumière des écritures, comment manifester cette identité christocentrée au sein d’une catégorie professionnelle commune. C’est ainsi aussi que l’église locale développera aussi un réelle théologie pratique du Travail et pourra transmettre aux générations futures un zèle concret et articulée pour l’évangile dans des catégories socio-professionnelles dans lesquelles Dieu pourrait les placer.

 

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