Réfléchir à la multiplication

Un Projet Antique

Depuis la création de l’univers, le monde vivant jouit de cette grâce providentielle de pouvoir s’étendre sur notre belle planète bleue en se multipliant. Bénéficiant ainsi de la générosité imméritée de son Créateur, l’être humain peut expérimenter les joies et les responsabilités liées à sa propre multiplication, fruit d’une union qui célèbre la beauté d’une altérité qui se découvre au sein de l’alliance conjugale. Cette réalité de la « multiplication » ne doit pas être réduite à une simple formulation arithmétique. C’est une multiplication créatrice par la seule providence divine qui exprime un authentique dessin antique que notre père à tous, Adam, entendit formulé de la propre bouche de Dieu alors qu’il posait son pied sur un jardin venant tout juste d’être créé.

Ce plan, ce projet fabuleux, était que l’homme se multiplie afin de couvrir la terre et qu’il en atteigne ses extrémités. Ce faisant, cet être unique créé à l’image de Dieu pourrait alors répandre, par sa descendance, la beauté de la gloire de Dieu dont son visage en était un miroir. C’est une descendance innombrable que Dieu désirait enfanter par le biais de ce jeune homme et cette jeune femme qu’il venait d’établir comme vice-régents sur sa création.

Une interruption non décisive

La suite de l’histoire nous la connaissons trop bien, elle est notre lot quotidien.

Ce jeune couple royal, incité par un ennemi bien séducteur, crut au mirage de l’autonomie et au mensonge que la créature était plus digne que le Créateur. Mais si nous regardons la fin cette grande narration de la création, dans laquelle cet épisode de la désobéissance et de la chute n’en était que le second chapitre, nous voyons avec émerveillement que ce projet multiplicateur n’a pu être arrêté, que rien n’a pu s’élever contre celui-ci : c’est une foule innombrable qui remplira effectivement cet univers alors transformé, une foule chantant des louanges destinées à l’agneau qui a été immolé et à celui qui est assis sur le trône (Apo 7.9).

Imprégné alors de cette vision future à la fois glorieuse et majestueuse, notre cœur change chacune de nos respirations en profondes aspirations au sein desquelles nous déclarons avec le psalmiste que toutes les extrémités de la terre penseront à l’Éternel et se tourneront vers lui et que toutes les familles des nations se prosterneront devant sa face, car c’est à l’Éternel qu’appartient le règne, lui qui domine sur les nations (Ps 22.27-28)Et ce n’est qu’en se tournant vers le Christ ressuscité qui a donné sa vie comme offrande pour nous délivrer du juste jugement de Dieu le Père que ce psaume trouve alors sa réalisation.

Multiplication, adoration et mission

La mission de l’église n’est rien de moins que l’incarnation d’une telle narration. Néanmoins, cette narration multiplicatrice n’est pas une fin en soi. Elle n’est que le serviteur d’un but bien plus grand qui la dépasse : L’adoration [1].

Comme le souligne adroitement la première question du petit catéchisme de Westminster, le but de la vie de l’homme est de glorifier Dieu et de se réjouir en Lui. Et c’est effectivement la gloire de Dieu manifestée dans le Fils, dans sa vie, sa mort et sa résurrection, qui constitue le fondement et le but de notre dévotion et de notre mission. Ainsi, cette multiplication, qui trouve son inauguration pleine et entière dans la personne du Christ, lui le premier-né d’entre les morts, se révèle être l’articulation de notre désir de voir la connaissance de Dieu remplir la terre (Esaïe 11.9), de notre désir de voir une passion croissante pour la sainteté et la gloire de Dieu dans les cœurs de nos semblables.

Proclamation, Multiplication et Formation

Dans sa grâce, Dieu a établi qu’une telle multiplication soit accomplie par le biais des vases d’argiles bien fragiles que nous sommes. Dans cet effort de multiplication, c’est le précieux parfum de l’évangile du royaume de Dieu inauguré en Jésus-Christ que nous répandons.

Cette multiplication qui se traduit par l’expansion de l’église possède donc avant tout, à l’image de l’expansion de l’église primitive décrite dans les Actes des Apôtres, une profonde emphase sur la proclamation, ou dit autrement, un coeur kerygmatique. C’est ainsi que dans l’énoncé de la mission donné par Jésus en Matthieu 28.19-20, le Christ souligne que cet accomplissement multiplicateur s’exprime en faisant des disciples parmi toutes les nations qui garderont et observeront sa Parole. L’évangile, ce kerygme dont le Christ est le cœur, est alors à la fois le seul medium par lequel le Saint-Esprit libère et transforme le cœur des esclaves que nous étions, mais il est aussi le seul substrat qui assure la pleine croissance des disciples en formation que nous sommes devenus. C’est entre autres pour cela qu’il est important de nos jours que l’église de Jésus-Christ ne cède pas à la tentation de troquer son appel kérygmatique pour le bol de lentilles de l’acceptabilité sociale.

Ainsi cette multiplication est une multiplication de disciples qui ont été engendrés par le Saint-Esprit lors de la proclamation de l’évangile. C’est cette multiplication qui assure non seulement à l’église sa croissance et sa pérennité, mais qui en préserve son identité. Cependant, comment les gens entendront-ils si personnes n’est envoyé ? Mais plus que cela, qu’entendront-ils si personne n’a pris le temps d’enseigner à ces envoyés comment « enseigner » ? Car si la mission que nous à laisser le Seigneur est bien d’aller et de faire des disciples parmi toute les nations en les baptisant et les enseignant à observer tout ce que le Christ nous a prescrit : Qui va les enseigner à enseigner ?

Notre désir demeure de toujours pouvoir faire croitre un disciple qui fera des disciples dans la dimension de son cœur, de sa connaissance et de ses compétences. Mais pour ce faire, un telle vision multiplicatrice nous impose de penser à la formation de croyants qui pourront être ces futurs pasteurs et leaders qui pourront à la fois nourrir l’église locale et la former de façon adéquate pour remplir un tel mandat. Ainsi, notre vision de la multiplication des disciples nécessite et impose une vision cohérente pour la formation des pasteurs et des leaders. Une telle formation doit nécessairement s’articuler dans un contexte ecclésial, mais elle nécessite la plupart du temps l’appui de centres de formations qui pourront procurer les ressources théologiques et professorales nécessaires pour un tel parcours.  

Notre désir est de voir des disciples qui croissent dans la sagesse car leurs pasteurs et leurs leaders transmettent et croissent dans une telle sagesse. Comme le souligne très justement Henri Blocher : « La sagesse (…) intègre et totalise la connaissance de Dieu et de son œuvre, envisagée dans son ensemble (1 Co 2.6ss. ; cf. Ep 3.1-12) ; elle s’assimile, la « digère » de telle sorte que le sage en a les principes comme vivant en lui-même (« Nous avons la pensée de Christ » 1 Cor 2.16) ; ils lui servent alors de guide dans le gouvernement de sa vie. » [2]

Ainsi, dans cet optique d’une multiplication, l’église locale doit relever le défi de pouvoir faire grandir ses membres dans une profonde connaissance de Dieu liant à la fois relation et soumission au sein d’un cadre d’alliance. [3]

En plus de souligner le fait qu’une vision multiplicatrice de disciples implique une vision multiplicatrice de pasteurs et de leaders, Le nouveau testament, nous encourage aussi à y ajouter une vision multiplicatrice d’églises locales. En effet, de la même manière que chaque membre de l’église est appelé à être un disciple qui engendre d’autres disciples, et que parmi ceux-ci certains sont appelés à intégrer cette multiplication dans un cadre de formation théologique pour être de futurs pasteurs et leaders, l’église locale elle-même doit apprendre à développer une vision multiplicatrice d’églises filles pour répandre la connaissance de Christ au-delà de sa sphère d’influence géographique.

Nous devons ainsi saisir que la direction multiplicatrice de l’histoire de la rédemption est un mouvement organique d’engendrement de disciples, de pasteurs et leaders, et d’églises locales dont le Christ en est la source et Sa parole en est la semence. Cette multiplication implique nécessairement une multiplication de disciples formés et solidement ancrés dans une théologie orthodoxe pour transmettre droitement l’évangile et être ainsi participants de son expansion. C’est ainsi que nous répondrons à l’appel urgent que le Seigneur souligne en nous annonçant que la moisson, la multiplication, est déjà prête mais que nous avons besoin d’ouvriers…et pour cela, nous avons besoin de les préparer, les équiper afin d’en bénéficier ou de les envoyer.

La beauté du projet de l’Eglise dépasse toute entreprise sociale, elle s’ancre dans un projet créationel et s’oriente vers une gloire future éternelle. Notre désir est que vous soyez participants de cette narration multiplicatrice aux proportions éternelles inégalables en gardant toujours en tête cette perspective glorieuse du trône de Dieu vers lequel afflue des hommes de toutes langues et dont l’agneau immolé en est le joyau le plus éclatant.

 

Références :

[1]   John Piper le souligne avec justesse en disant : « Le but suprême de l’Église n’est pas la mission, mais l’adoration. Si la mission existe, c’est parce que l’adoration n’existe pas. Le but suprême est l’adoration, non pas la mission, car Dieu est suprême, non pas l’homme. Lorsque cette période de l’histoire arrivera à sa fin, et que d’innombrables millions de rachetés se prosterneront devant le trône de Dieu, la mission cessera. La mission est une nécessité temporaire ; l’adoration, en revanche, demeure éternellement. L’adoration est donc à la fois le moteur et l’objectif de la mission. » (John Piper, Que les nations se réjouissent, BLF)

[2] Henri Blocher, Sagesse et connaissance, Fac Réflexion n°46-47 (1999), p.32.

[3] Beaucoup ont souvent objectés, et objectent encore que la connaissance intellectuelle n’est pas ce qui construit un disciple, mais qui le remplit simplement de connaissances froides et stériles. Mais il y a là une erreur subtile que ces personnes ont acceptés vis-à-vis de la définition biblique de la connaissance. Lorsqu’elle est considérée dans sa compréhension biblique, la « connaissance » est bien plus qu’une simple activité intellectuelle, mais elle intègre une pratique et une soumission au sein d’une relation. En effet, « dans l’Ancien Testament, « connaitre » Dieu ne consiste pas seulement à être conscient de son existence. Connaître Dieu, c’est confesser qu’il est le Seigneur souverain qui exige de l’être humain l’obéissance, en particulier de son peuple, Israël, avec lequel il a fait alliance. (…) Le critère de cette connaissance est l’obéissance ; son contraire n’est pas simplement l’ignorance mais la rébellion, le fait de se détourner volontairement de Dieu. » (Le Grand Dictionnaire de la Bible, Excelsis (2004), p. 352). Le langage néotestamentaire doit alors toujours être compris avec cet arrière-plan vétérotestamentaire.

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