Les marques d’une église en bonne santé : Une Théologie Systématique solide (4)

Que nous le voulions ou pas, chaque croyant est avant tout un théologien…et en particulier…un systématicien !!

Un théologien

En effet, si nous prenons la définition courte et pertinente de John Frame, la Théologie est « l’application des Saintes Écritures, par une personne, dans chacun des domaines de sa vie. » (John Frame, Systematic Theology, 1.1)

Je pense que certains d’entre vous objecteront, avec raison, qu’à cause de l’origine du terme « Théologie » (θεολογία), la « Théologie » est avant tout la discipline par laquelle nous apprenons à connaitre Dieu.

Cependant, permettez-moi de souligner une des raisons pour laquelle nous ne devrions pas limiter la définition de « Théologie » à la sphère de la connaissance intellectuelle.

Chaque croyant, dans chacun de ses raisonnements et de ses actions  caractérisant sa vie de chaque jour, possède toujours un cadre de référence au sein duquel ces choses particulières sont réfléchies, méditées et accomplies. Dans ce cadre de référence, en général, sa compréhension de Dieu et de son Royaume jouent un rôle central  et normatif . Je souligne « en général », car il arrive que les croyants fassent preuve d’une profonde incohérence entre leur connaissance particulière concernant Dieu et Son royaume vis à vis de leurs attitudes ou de leurs actions. Cette incohérence, de laquelle émerge souvent le péché, souligne malheureusement cette double réalité que le croyant peut posséder des connaissances théologiques dont il ne s’est pas encore approprié dans son cœur, mais aussi que le cœur du croyant est le lieu d’un combat acharné entre des passions en accord avec la Parole de Dieu et des passions en désaccord avec la Parole de Dieu. Ceci caractérise alors ce combat pour la piété que possède chaque chrétien,  cette piété que Jean Calvin définit formidablement de la façon suivante :

« J’appelle « piété » ce sentiment fait d’une union de respect et d’amour qui nous attire vers Dieu dont nous connaissons les bienfaits. » (Jean Calvin, IRC, I.2.1)

Mais revenons à notre sujet. Chaque croyant, dans ses réflexions qui déboucheront éventuellement sur des choix, intègre de façon plus ou moins décisive sa connaissance qu’il a de Dieu et de Son royaume. Cette connaissance, que chaque croyant possède, consiste en cet agencement personnel de la somme des enseignements qu’il a pu recevoir de la Parole de Dieu, que ce soit dans ses lectures personnelles ou l’écoute de prédications et d’enseignements… Ainsi, chaque croyant possède une « théologie »… il est un théologien… et nous pouvons discerner sa théologie dans sa manière de vire et d’agir. Il existe ainsi un lien nécessaire et fondamental entre notre connaissance théologique et notre manière d’appliquer cette connaissance. Et c’est pour cela que la définition de John Frame est alors pertinente : « la Théologie est l’application des saintes écritures, par une personne, dans chacun des domaines de sa vie. » (John Frame, Systematic Theology, 1.1)

Quelques uns pourraient alors objecter que certaines personnes peuvent avoir des connaissances théologiques « justes » sans pour autant que leur vie de chaque jour soit cohérente avec celles-ci. Cependant, pouvons-nous vraiment parler d’une « connaissance de Dieu » ?

Je serais alors du même avis que Jean Calvin : Non.

En effet, voici une réflexion pertinente qu’il fait à propos de cela dès le début de son livre, l’Institution de la Religion Chrétienne (IRC) :

« La connaissance que nous avons de Dieu doit, d’abord, nous apprendre à le craindre et à le révérer, ensuite nous apprendre et nous pousser à attendre de lui tous les biens et à l’en remercier. D’ailleurs comment Dieu pourrait-il être présent dans notre pensée sans que nous percevions en même temps de façon naturelle, étant ses créatures, que nous lui sommes soumis, que nous lui devons la vie et que tout ce que nous entreprenons et faisons doit le concerner? Puisqu’il en est ainsi, il apparaît certain que notre vie est malheureusement entachée de corruption à moins que nous ne la consacrions
à son service, car il est raisonnable que sa volonté seule soit notre loi. Il est impossible de percevoir clairement qui est Dieu si on ne sait pas qu’il est à l’origine et la source de tous biens. S’ils le savaient, les hommes seraient incités à se tourner vers lui et à lui faire confiance, à moins que leur méchanceté ne les détourne de ce qui est bon et droit. » (Jean Calvin, IRC, I.2.2)

« De nouveau, nous pouvons noter, ici, que nous sommes invités à connaître Dieu, non pas comme certains l’imaginent, d’une manière légère et spéculative, mais de façon assurée et productive, si du moins nous comprenons cette connaissance correctement et l’enracinons dans notre cœur. » (Jean Calvin, IRC, I.4.9)

Chaque croyant est ainsi un théologien…mais il est aussi un théologien systématicien.

Un théologien…un systématicien…

De quoi parlons-nous lorsque nous utilisons l’expression « Théologie Systématique » ?

Voici deux définitions  assez brèves qui se complètent assez bien :

« La Théologie Systématique consiste à répondre à la question:« Que nous enseigne l’ensemble de la Bible aujourd’hui?»
sur différents sujets. » (Wayne Grudem, Théologie Systématique, p.1)

« La Théologie Systématique recherche à appliquer les Saintes Écritures en se demandant ce que la Bible entière enseigne sur un sujet spécifique. » (John Frame, Systematic Theology, 1.1)

Prenons alors un exemple. Nous croyons tous que Dieu possède des attributs qui le caractérisent : Il est éternel, Il est souverain, Il est tout-puissant… . Mais, au bout du compte, comment sommes-nous capables d’affirmer cela ? De façon  globale, nous pouvons dire que les chrétiens, affirmant l’autorité, l’inérrance et la cohérence de la Parole de Dieu, recherchent dans la Bible tous les passages qui, en toute légitimité exégétique, affirment de telles choses. Puis ensuite, à l’aide de ces fondements scripturaires, ils tentent de donner une définition juste, mais non exhaustive à propos de l’éternité de Dieu, la souveraineté de Dieu et la toute puissance de Dieu… .

Ainsi, chaque croyant, dans sa vie de chaque jour, est toujours en dialogue avec ses connaissances théologiques (en particulier systématiques ou doctrinales) pour apprendre à avoir des réflexions justes et vraies qui aboutiront à des actions qui sont elles aussi justes. Par exemple, sur la question de la sexualité au sein de notre société  (l’altérité sexuelle (masculin, féminin), la sexualité conjugale, l’homosexualité…), le croyant devra être capable de comprendre (autant avec son intellect que son cœur) quelle est la vision anthropologique de la Bible, pour ensuite être capable de pouvoir exercer un jugement éclairé et scripturaire.

La responsabilité de l’église locale

Nous arrivons donc au cœur de notre problématique. Lorsque nous comprenons la place si importante que joue la « Théologie », en particulier la « Théologie Systématique », dans la vie des croyants, nous pouvons alors comprendre combien il est fondamental que, pour qu’une église locale soit en bonne santé, il est nécessaire que la « théologie systématique » des membres de cette église locale soit en bonne santé. Ceci est premièrement réalisable par une prédication et un enseignement continus des textes bibliques. Mais ceci nécessitera aussi un effort particulier de la part des pasteurs d’enseigner les doctrines bibliques fondamentales aux membres de la congrégation…et cela de façon régulière et suivie. Pour ce faire, il peut être utilisé des catéchismes tel que le nouveau catéchisme pour la cité. L’avantage d’un catéchisme est son format court qui est facilement adaptable dans l’église locale. Sinon, je vous recommande vivement les ouvrages suivants (liste non exhaustive) :

  • La vie chrétienne (Sinclair B. Ferguson)
  • Institution de la Religion Chrétienne (Jean Calvin)
  • Théologie Systématique (Wayne Grudem)
  • Précis de doctrine chrétienne (Louis Berkhof)
  • Pour une foi réfléchie (Alain Nisus)
  • Systematic Theology (John Frame)
  • The christian Faith (Michael Horton)
  • God is Love (Gerald Bray)
  • A New Systematic Theology of the Christian Faith (Robert Reymond)
  • Reformed Dogmatics (H. Bavinck)
  • Reformed Dogmatics (G.Vos)

La théologie Systématique est ainsi beaucoup plus qu’un exercice intellectuel au sein de l’église locale, c’est un exercice  qui, lorsqu’il est fondé sur une exégèse assidue et légitime des textes bibliques, est une chose nécessaire pour la bonne croissance et la bonne santé des membres de nos églises. Car c’est ainsi qu’ils apprendront à réfléchir de façon biblique et vraie face aux différents défis qu’ils rencontreront sur leur chemin de piété.

0 réponses sur "Les marques d’une église en bonne santé : Une Théologie Systématique solide (4)"

    Laisser un message

    À propos

    Multi-C est la plateforme de formation en ligne gratuite de l'Union Baptiste.

    Qui est en ligne?

    Aucun membre ne se trouve actuellement sur le site
    Copyright© 2015- Union d'Églises Baptistes Francophone du Canada | Site développé par Nelmedia. Tous droits réservés.
    Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial
    error

    Suivez-nous !!!

    Facebook
    Facebook