La Sainte-Cène : Un symbole ?

Quelle est votre compréhension de la Sainte-Cène ?

Est-ce simplement un symbole grâce auquel nous nous rappelons de la mort de Jésus-Christ… cette mort grâce à laquelle il scella la nouvelle alliance de Dieu avec son peuple ?

Ceci est une question importante, car il m’est arrivé de constater que dans un grand nombre d’églises évangéliques, la sainte-cène était souvent présentée comme un simple symbole, un simple mémorial. Je peux comprendre que par réaction à la doctrine des sacrements de l’église catholique romaine nous désirions souligner que la sainte-cène ne possède aucune puissance en lui-même… cependant serait-ce une approche bibliquement justifiable de la comparer à un simple « symbole » ?

Une « communion » et une « participation »

Lorsque Paul parle de la sainte cène en 1 Corinthiens 10, bien que Paul ne soit pas en train d’offrir un enseignement magistral à propos de la sainte-cène, néanmoins, il est évident que Paul entrevoit ce sacrement avec plus de profondeur qu’un simple symbole :

« La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang de Christ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps de Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps; car nous participons tous à un même pain. Voyez les Israélites selon la chair: ceux qui mangent les victimes ne sont-ils pas en communion avec l’autel ? Que dis-je donc ? Que la viande sacrifiée aux idoles est quelque chose, ou qu’une idole est quelque chose ? Nullement. ​Je dis que ce qu’on sacrifie, on le sacrifie à des démons, et non à Dieu; or, je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons. Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur, et la coupe des démons; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur, et à la table des démons. Voulons-nous provoquer la jalousie du Seigneur ? Sommes-nous plus forts que lui ?  » (1 Cor 10.16-22)

Paul semble clairement souligner que le repas du Seigneur que nous prenons est bien plus qu’un simple repas : Une dynamique de « communion » y est vécue et expérimentée.  Comme le souligne la plupart des commentateurs, la syntaxe du texte ne nous permet pas d’y voir là un moyen de légitimer une quelconque forme de sacramentalisme de type « ex opere operato » tel que le pratique de nos jours l’église catholique romaine. Cependant, il est flagrant que ce repas est relié à la réalité de notre union et de notre communion avec Jésus-Christ par la foi.

Le commentateur Gordon Fee affirme d’ailleurs la chose suivante :

« La « communion » […] était vraisemblablement une célébration de leur vie commune en Christ, alors basée sur la nouvelle alliance en son sang qui les avait précédemment unis ensemble dans l’union au Christ par le Saint-Esprit. Mais alors que leur « communion » était les uns avec les autres, son fondement et son point de mire était en Christ, dans sa mort et sa résurrection; ils étaient ainsi ensemble dans sa présence, et en tant qu’hôte à sa table il [Jésus-Christ] partageait à nouveau avec eux les bénéfices de son expiation. C’est cette relation unique entre les croyants et leur Seigneur, alors célébrée dans ce repas, qui est alors à la base de l’interdiction d’une association avec d’autres « croyants » à la table des démons. » (G. Fee, 1 Corinthians, NICNT)

De son côté, le commentateur Anthony Thiselton souligne alors la chose suivante :

« Bien que nous ne devrions pas importer dans les écrits de Paul une théologie sacramentaliste exacerbée qui sera établie des années plus tard, Paul, sans aucun doute, renforce le langage qu’il utilisa dans les chapitres précédents à propos de la « corporalité », et ceci à l’encontre de ceux à Corinthe qui supposent que tout ce qui est relié au salut est purement « intérieur » et privé. D’un côté, l’engagement physique de donner [par le sacrement offert], puis de l’autre côté, l’engagement en buvant et mangeant  sont « sacramentels » en ce qu’ils constituent des signes effectifs de la réalité qu’ils véhiculent. Ils constituent un engagement « tangible » et « visible » de l’amour rédempteur  de Dieu ainsi que de l’accueil et de l’engagement des chrétiens à demeurer fidèles. Ce [la coupe et le pain] sont plus, mais pas moins, que des « mots visibles ». Comme le souligne Paul Ricoeur, le symbole peut résonner avec un pouvoir créateur et productif dans les recoins du cœur et de l’esprit de l’homme, là où un simple discours cognitif ne fonctionne pas pleinement en tant que pensée consciente. » (A. Thiselton, A shorter Commentary of 1 Corinthiens, Baker)

Le repas de la sainte-cène est ainsi plus qu’un repas symbolique.

Oui, c’est un repas qui « signifie » quelque chose : La mort de Christ qui scelle notre alliance avec Dieu (Luc 22.7-20) .

Oui, nous le pratiquons en mémoire de l’oeuvre rédemptrice de Christ (Luc 22.19).

Mais c’est aussi un repas qui nous appelle au discernement (1 Cor 11.29), et ainsi un repas qui nécessite de la part du communiant un exercice de foi dans la puissance du Saint-Esprit… un exercice de foi « acté » dans la prise du repas… un exercice de foi « centré » sur le Christ prêché… un exercice de foi dans lequel nous nous nourrissons de Jésus-Christ dans la puissance du Saint-Esprit au travers de l’évangile droitement prêché avant la prise du repas.

L’approche pastorale de Jean Calvin

Jean Calvin est alors celui qui, à ma connaissance, développe l’une des pensées pastorales les plus profondes vis à vis de la sainte-Cène :

« Pour nous sustenter en cette vie spirituelle, il n’est donc pas question de repaître nos ventres de mets corruptibles et caducs, mais de nourrir nos âmes d’une meilleure et plus précieuse pâture. Or, toute l’écriture nous dit que le pain spirituel, dont nos âmes sont entretenues, est cette parole même par laquelle le Seigneur nous a régénérés; mais elle ajoute en même temps la raison, à savoir qu’en elle Jésus-Christ, notre vie unique, nous est donné et administré. Car il ne faut pas estimer qu’il n’y ait de vie ailleurs qu’en Dieu. » (Jean Calvin, Petit Traité sur la Sainte Cène, p.40)

« Nous avons déjà vu comment Jésus-Christ est la seule nourriture dont nos âmes sont nourries. Mais parce qu’il nous est distribué par la Parole du Seigneur, qu’il a destiné à cela, comme un instrument, cette Parole est aussi appelée pain et eau. Or ce qui est dit de la Parole appartient aussi bien au Sacrement de la Cène, par le moyen duquel le Seigneur nous mène à la communion avec Jésus-Christ. Car, d’autant que nous sommes si faibles que nous ne le pouvons pas recevoir avec une vraie confiance de cœur quand il nous est présenté par la simple doctrine et la prédication, le Père de miséricorde, ne dédaignant point de condescendre en cet endroit à notre faiblesse, a bien voulu ajouter à sa Parole un signe visible par lequel il représentât la substance de ses promesses pour nous confirmer et fortifier, en nous délivrant de tout doute et de toute incertitude. » (Ibid, p.41)

Il est indéniable que Jean Calvin avait un cœur de pasteur amoureux de Jésus-Christ : Sa passion pour Christ déborde dans ces textes ! Et ce qui est ainsi intéressant est qu’il souligne avec force que la sainte-cène est un véritable « moyen de grâce » par lequel le croyant, dans l’exercice de sa foi, en réponse à l’évangile droitement prêché avant le repas de la cène, peut effectivement bénéficier spirituellement d’une profonde communion à Christ dans la puissance du Saint-Esprit.

Quelques conseils pratiques…

Suites à ces quelques réflexions, permettez-moi alors de vous poser quelques questions pratiques :

  • Puisque la sainte-cène ne deviendrait qu’une « coquille vide » sans la prédication de l’évangile qui la précède et par laquelle le communiant pourra exercer sa foi, prêchez-vous droitement l’évangile avant de célébrer un tel repas de victoire ? C’est une véritable désastre lorsque cela n’est pas fait… En effet, comment la congrégation pourra-t-elle exercer sa foi si l’évangile n’est pas prêché ? … cet évangile dont le repas de la cène en est l’expression visible ! Comme le disait Saint-Augustin, la sainte-cène est bien « l’expression visible d’une grâce invisible » !
  • Est-ce que vous veillez à ne jamais faire croire que la sainte-cène est uniquement pour des personnes « parfaites » ? Comme le souligne à maintes reprises Jean Calvin dans son traité, ce repas est un moyen de grâce par lequel Dieu veut suppléer à notre fragilité en suscitant, par la puissance du Saint-Esprit, notre foi. Oui, il est vrai que c’est uniquement un croyant qui peut y participer afin de pouvoir y discerner avec foi le Christ de l’évangile… mais c’est aussi un croyant conscient de sa faiblesse, repentant et humble qui se nourrit de ce repas ! Comme Martin Luther l’aurait écrit à la fin de sa vie, avant de mourir : « Au fond, nous ne sommes que des mendiants de la grâce ! » Le repas de la cène est aussi une invitation à considérer à nouveau notre fragilité et notre déchéance pour ainsi saisir à nouveau les mains percées du Christ et nous blottir dans la grâce surabondante qu’il nous offre… et cela avec un cœur repentant à la fois contrit par notre péché mais aussi joyeux à cause du pardon et de la vie qui nous sont offert en Christ !
  • Est-ce que vous veillez à ce que durant ce temps de la sainte-cène Jésus-Christ soit glorifié, honoré et loué ? Que ce soit dans le choix des chants, des lectures… Est-ce que vous veillez à ce que Christ demeure au centre de ce moment ?
  • Est-ce que vous enseignez de façon systématique les jeunes convertis à propos de cette réalité des « moyens de grâce » qui constituent un fondement essentiel de la croissance du croyant ?
  • Est-ce que vous rappelez régulièrement à l’église cette réalité ? D’ailleurs, pratiquez-vous ce repas de façon assez régulière pour que votre congrégation puisse obéir à cette ordonnance du Seigneur et en être bénie ?

Pour conclure, je ne ferai alors que citer la conclusion que donne Jean Calvin à son traité, une conclusion que j’ai faite alors mienne :

« Nous confessons donc tous d’une seule bouche, qu’en recevant dans la foi le Sacrement, selon l’ordonnance du Seigneur, nous sommes vraiment faits participants de la propre substance du corps et du sang de Jésus-Christ. (…) il nous faut penser que cela se fait par la vertu secrète et miraculeuse de Dieu, et que l’Esprit de Dieu est le lien de cette participation, cause pour laquelle elle est appelée spirituelle. » (Ibid, p.79)

 

0 réponses sur "La Sainte-Cène : Un symbole ?"

    Laisser un message

    À propos

    Multi-C est la plateforme de formation en ligne gratuite de l'Union Baptiste.

    Qui est en ligne?

    Aucun membre ne se trouve actuellement sur le site
    Copyright© 2015- Union d'Églises Baptistes Francophone du Canada | Site développé par Nelmedia. Tous droits réservés.
    Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial
    error

    Suivez-nous !!!

    Facebook
    Facebook