La Louange dans nos églises (2/2)

Le danger d’une louange « thérapeutique »

Michael Horton, dans Christless Christianity[12], utilise l’expression de « thérapie moraliste déiste », tirée de l’analyse sociologique faite par Christian Smith et Marsha Witten pour décrire la jeunesse américaine.

Cette expression décrirait la « foi évangélique » de la jeunesse « évangélique » (toutes traditions confondues) aux Etats-Unis.

Cette « foi  thérapeutique» implique les convictions suivantes :

  • Dieu a créé le monde.
  • Dieu veut que les gens soient bons, gentils et justes les uns envers les autres comme l’enseignent la Bible et la plupart des autres religions.
  • Le but central de la vie est d’être heureux et de se sentir bien dans sa « peau ».
  • – Dieu n’a pas besoin d’être particulièrement impliqué dans la vie de quelqu’un, à moins qu’il ne soit nécessaire pour résoudre un problème.
  • Les hommes bons vont au « ciel » lorsqu’ils meurent.

Notre société est engagée dans une véritable poursuite d’un « bonheur » égocentrique et beaucoup de nouveaux cantiques se focalisent sur un « bonheur » fondé sur la paix (uniquement émotionnelle et non celle qui découle explicitement de la réconciliation en Christ), la douceur, la bienveillance de Dieu.

Malheureusement, au lieu de magnifier et de glorifier Dieu, nous élevons nos besoins au-dessus de Dieu et nous voulons que des cantiques riches en métaphores et en images poétiques nous procurent une sorte de paix, alors que celle-ci est déconnectée de l’œuvre de Christ à la croix. C’est ainsi que le risque est grand de succomber au danger de l’émotion à outrance (par les paroles ou par la musique) en se déconnectant des réalités bibliques de la rédemption et de l’intercession du Fils auprès du Père. Nous pouvons trop souvent ainsi nous adonner à une louange « thérapeutique »  et non « confessante ».

Un évangile « romantique »

Il est impossible de  ne pas remarquer que les vérités fondamentales qui décrivent la grâce et l’œuvre propitiatoire de Christ sont de moins en moins présentes dans nos chants. En effet, notre société pluraliste ne supporte pas la notion d’exclusivisme qui caractérise la doctrine biblique de la rédemption.

Si nous abordons les thèmes de l’exclusivité du salut en Jésus-Christ seul, nos contemporains, bien qu’ils rejettent l’existence de Dieu, nous reprocheront d’être intolérants vis-à-vis des autres religions et de manquer d’amour et de générosité. En plus de vouloir défendre un relativisme qui fait de Dieu une valeur obsolète et optionnelle, notre société est si imprégnée de romantisme à « fleur de peau » qu’elle estime que la notion d’un jugement universel divin envers l’humanité à cause de son rejet de Dieu est inacceptable. Si un Dieu existe, il doit nécessairement être amour : un amour tel qu’il  est exclu qu’il soit juge en même temps. Comme nous voulons non pas « choquer » mais rendre l’Evangile « accessible », nos cantiques sont de plus en plus « dépouillés » de ces vérités fondamentales liées à notre dépravation naturelle et à l’exclusivité du salut en Jésus-Christ seul, par le moyen de la foi.

Si la louange est adressée à Dieu (et il faut qu’elle le soit !), nous ne devons pas louer un dieu que nous aurions façonné selon notre idée de ce qu’il devrait être. Il importe plutôt de chanter des chants qui soient de profondes louanges de qui est Dieu. Si nous affaiblissons, dans nos chants, le témoignage biblique sur la sainteté et la justice de Dieu, nous transformons l’amour de Dieu manifesté à la croix en œuvre « incohérente ».

En effet, si la « justice de Dieu » et sa « sainteté » sont mises de côté, pour quelles raisons fallait-il que Dieu le Fils s’incarne et meure sur la croix ? Un tel abandon des dimensions expiatoires et propitiatoires fait courir le risque de se limiter à une définition « exemplaire » de la croix. On aurait ainsi tendance à aborder, dans les chants, la thématique de la « croix » comme étant un exemple de l’« amour » que nous avons à nous manifester les uns aux autres.

Une telle attitude est inacceptable au vu des Saintes Écritures, car Jésus-Christ s’est offert comme victime « propitiatoire » au Père pour notre rédemption, et il a donné sa vie en « rançon pour beaucoup[13] ».

Conclusion

Il convient donc de veiller à ce que nos nouveaux cantiques soient exempts des quatre présupposées culturels qui constituent une véritable gangrène : le relativisme, l’individualisme, le consumérisme thérapeutique, le sentimentalisme « mielleux ».

Pour cela, le mieux est de retourner au fondement biblique de notre foi et de découvrir (ou de redécouvrir) les trésors immenses contenus dans les hymnes des générations de croyants qui nous ont précédés et qui pourront nous aider dans notre réflexion et notre créativité.

Comme Wesley le conseillait[14] :

Par-dessus tout : chantez spirituellement. Ayez un regard vers Dieu dans chaque parole que vous chantez. Ayez à cœur de lui plaire plus qu’à vous-mêmes ou à quelque autre créature. C’est pourquoi faites strictement attention à ce que vous chantez et veillez à ne pas laisser vos cœurs être détournés (de Lui) par les sons, mais qu’ils soient constamment offerts à Dieu[15].

Ne nous effrayons pas de ce que notre louange puisse être perçue comme un « territoire inconnu » par nos contemporains. C’est justement ce Dieu qui leur est « inconnu » que nous leur annonçons au travers de la révélation pleine et entière que nous en avons en Jésus-Christ.

La louange reflète souvent une réalité étrangère à ce monde et à ses présupposés relativistes. Tout comme en Apocalypse 4 et 5, ce sont le « trône de Dieu » et « l’agneau immolé qui se tient debout» qui doivent être au centre de notre louange, de nos affections, de nos méditations.

Ainsi, comme le souligna Cornelius Van Til[16] à propos de l’éducation et de la culture, il est important que, dans l’écriture des cantiques, nous œuvrions en résonance avec les trois facettes du ministère parfait qu’a accompli Christ : prophète, prêtre et roi.

Jésus-Christ est le prophète parfait (car il est le Logos éternel de Dieu qui nous a révélé le Père[17]), le prêtre parfait (il a offert son corps en sacrifice pour nous une fois pour toutes[18]) et le roi parfait éternel qui siège à la droite du Père et règne[19].  

Ainsi, il faudrait que nos cantiques soient :

  • Prophétiques, annonçant une parole claire et précise en accord avec la foi apostolique.
  • Sacerdotaux, magnifiant le sacrifice de Christ qui « n’a point connu le péché », et qui a été fait péché pour nous « afin que nous devenions en lui justice de Dieu[20] ». Mais que la louange soit aussi un mouvement sacerdotal nous concernant pendant lequel nous répondons à la grâce qui nous a été faite en Christ et pendant lequel nous nous offrons nous même à Dieu comme ses humbles serviteurs et servantes.
  • Doxologiques, glorifiant le règne de Christ et la souveraineté de Dieu.

Il faut souhaiter que nos chants ne soient plus des « dérivés » de la culture ambiante, « vaporisés » d’un « parfum évangélique », mais plutôt qu’ils soient saturés de l’Evangile et offrent, à un monde qui est en pleine « dérive », une vision du « trône de Dieu » et de « l’agneau immolé qui se tient debout ».

 

Références :

[12] M. Horton, Christless Christianity, Baker Books, 2008, 40ss.

[13] Mc 10.45.

[14] J’apprécie cette parole de Wesley même si on peut y déceler une certaine tendance augustinienne de méfiance vis-à-vis des arts et des sentiments qui y sont mêlés (« détournés par les sons »).

[15] A. Kuen, Oui à la musique, chap. 4. (http://louange.org/html/index.php?name=News&file=article&sid=25&theme=Printer)

[16] http://www.sermonaudio.com/sermoninfo.asp?SID=1220039319

[17] Jn 1 ; Hé 1.

[18] Hé 10 ; Rm 8.34 ; Hé 1.3.

[19] 1 P 3.22 ; Ep 1.21.

[20] 2 Co 2.21.

 

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