La louange dans nos églises (1/2)

Dans beaucoup de nos Eglises évangéliques, les temps de louanges ont acquis une place importante à l’intérieur du culte. Ceci est une grâce que Dieu nous accorde de pouvoir le louer avec tout notre être : notre intelligence, notre cœur, nos émotions et notre corps. Cela constitue un moyen de grâce par lequel le Saint-Esprit agit pour que Dieu soit glorifié et que l’Eglise soit édifiée (Ep 5.19). Mais dans la variété des cantiques récents à notre disposition, il nous arrive, souvent, de chanter certains textes très flous qui ne reflètent pas ce qu’enseigne la Parole de Dieu.

A propos de l’adoration, E. Clowney a souligné à juste titre que :

L’adoration n’est pas une faculté de l’imagination qui nous permettrait de nous projeter hors de nous pour entretenir une émotion religieuse. Le culte comme la religion ne peuvent être définis indépendamment de Dieu, car la louange est la réponse de la créature à la gloire révélée du Créateur. Lorsque l’adoration et la piété sont vouées à un dieu inférieur, la nature même de ce culte est faussée. Cette perversion est le commencement de la spirale descendante de l’idolâtrie que l’apôtre Paul décrit (Rom 1.18-32). Le culte ne dégénère pas aussitôt dans la prostitution sacrée ou la débauche, mais il se corrompt dès lors que la créature humaine refuse de reconnaître Celui qui, seul, est digne d’être adoré, à qui l’on doit une entière dévotion, absolue, irrévocable (Rom 1.21-23) [1].

Il apparaît ainsi, de façon claire, que notre louange collective est un témoignage de notre dévotion personnelle au sein du corps de Christ. Aussi, comme membres du « corps de Christ »[2] fondé sur le « fondement des apôtres et des prophètes »[3], les chants dans les  moments de culte doivent-ils normalement refléter ce que croit la communauté, ce sur quoi elle fonde sa vie, ce qu’elle considère comme son véritable trésor. Il convient donc de se demander quelle est l’origine des cantiques qui sont en dissonance avec la Parole de Dieu. Une grande partie d’entre eux ont pour auteur des « artistes » dont les convictions ne sont pas nettes. Mais est-ce la seule explication ? Il est raisonnable d’imputer aussi l’origine de la situation à l’influence malheureuse de présupposés culturels ambiants. Tel est l’objet des développements suivants.

La louange

La louange est, d’abord, une offrande qui peut avoir différentes formes, une reconnaissance envers le Créateur. En effet, « la gloire transcendante de Dieu suscite la louange[4] » et la « gloire merveilleuse de Dieu, révélée dans l’Evangile, [qui] est la gloire de sa grâce[5] ». C’est cette « gloire du Seigneur qui produit notre adoration [qui] devient une bénédiction [et] qui transforme sans cesse notre existence, et cela nous rendra enfin semblables à Jésus-Christ[6] ». La louange est ainsi une offrande suscitée par la reconnaissance envers Dieu, destinée à adorer Dieu de tout notre être, en communion avec nos frères et sœurs :

Que la parole de Christ habite parmi vous abondamment ; instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres en toute sagesse, par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels, chantant à Dieu dans vos cœurs sous l’inspiration de la grâce. (Col 3.16)

Ce verset met en évidence quatre éléments qui me paraissent fondamentaux, quatre secteurs dans lesquels la culture ambiante de ce monde essaie de s’immiscer pour les corrompre :

  • Notre louange manifeste l’œuvre de la « Parole de Christ qui habite en nous » : elle est une expression de notre foi. Comme le souligne très bien 1 Pierre 1.23, nous sommes nés de nouveau lorsque Dieu a implanté en nous sa Parole vivante et permanente. C’est cette Parole plantée en nous qui, sous l’action du Saint-Esprit, nous a régénérés et nous a révélé la gloire de Dieu qui jaillit de la face de Christ. C’est, à ce moment-là, que par la foi nous avons saisi Christ comme notre Sauveur et Rédempteur[7]. Ainsi, les paroles de cantiques ne peuvent pas être séparées du fondement même de notre foi : la Parole de Dieu. Colossiens 3.16 présuppose clairement que notre louange provient de la Parole de Dieu qui habite en nous : la louange doit avoir un fondement objectif. Ce fondement est le fondement apostolique (1Co 3 ; Rm 16.25), la foi qui nous a été donnée une fois pour toutes par les apôtres (Jude 1 ; Hé 1.1).

 

  • Notre louange est un moyen de grâce que Dieu a donné à l’Eglise pour susciter sa croissance, sa cohésion et sa piété. Notre louange au sein de l’Eglise est une œuvre communautaire par laquelle nous vivons une véritable koinonia avec nos frères et sœurs : elle témoigne de notre unité en tant que corps à la tête duquel règne notre Seigneur Jésus-Christ.

 

  • Notre louange s’adresse à Dieu et c’est lui qui en est le centre.

 

  • Notre louange est « sous l’inspiration de la grâce »  ou « … chantant avec gratitude dans nos cœurs envers Dieu… ». De ce fait, notre louange doit exprimer une reconnaissance pour la grâce de la rédemption que Christ nous a acquise à la croix en devenant, pour nous, une victime propitiatoire à cause de nos péchés afin que nous soyons réconciliés avec Dieu[8]. Notre louange est une réponse à la grâce que Dieu nous a faite en envoyant son Fils unique pour notre rédemption.

Une gangrène provenant de la culture ambiante

Nous allons maintenant voir que la culture ambiante attaque ces quatre secteurs de façon évidente et va jusqu’à infecter certains de nos cantiques.

Le postmodernisme et le relativisme

La société est profondément marquée aujourd’hui par le postmodernisme et le relativisme. La notion de « vérité » est devenue une valeur à décliner au pluriel pour un même sujet, alors que son étymologie ne le permet pas. En effet, notre société est devenue tellement tolérante qu’elle en est venue à être intolérante vis-à-vis de l’« absolu », de tout ce qui peut paraître « ultime » pour lui-même. C’est ainsi que la foi réformée est rejetée parce qu’elle défend l’orthodoxie fondée sur l’enseignement apostolique. Les notions de chute, de dépravation totale, de providence, de souveraineté, de rédemption, de propitiation, de jugement sont insupportables pour nos contemporains. C’est malheureusement ce que l’on peut trouver parfois dans certains cantiques qui manquent tellement de « spécificité » qu’un mormon ou un témoin de Jéhovah pourrait les chanter aussi. Cela ne signifie pas que tous les chants devraient être une déclinaison du Symbole des apôtres, mais ceci devrait nous inviter à scruter les doxologies présentes dans le Nouveau Testament. Nous y verrions des caractéristiques théocentriques et christocentriques fondamentales pour la foi apostolique. Notre louange devrait exprimer notre foi qui est fondée sur ce que nous « a dit le Fils en ces temps qui sont les derniers[9] », et non « une foi » parmi tant d’autres. Par exemple, Dieu est souvent chanté :

  • ou comme très distant (on frôle le déisme) ;
  • ou tellement proche que les notions de révérence et de sainteté apparaissent comme des valeurs étrangères ;
  • ou tellement « en tout » que cela frôle un « panthéisme » évangélique.

La seule manière de remédier à cela est de faire prévaloir la gloire unique de notre Dieu créateur et trois fois saint (transcendance), gloire qui s’est manifestée dans le sacerdoce parfait et unique de Jésus-Christ (immanence).

Le danger de l’individualisme

La société occidentale est devenue foncièrement individualiste et particulièrement rebelle à toute forme d’autorité. Aujourd’hui, il suffit de regarder les publicités pour voir que la cible première est l’individu et son épanouissement. Or, en Ephésiens 5.19 comme en Colossiens 3.16, le contexte immédiat des exhortations pauliniennes est celui de l’édification  réciproque au sein du corps de Christ pour glorifier Dieu. Paul nous encourage à nous exhorter les uns les autres, à nous instruire les uns les autres. Si l’individualisme s’introduit dans notre louange, il peut se manifester de deux façons très dangereuses :

  • L’égocentrisme. Nos chants de louange ne devraient pas contenir uniquement des « je », ceux-ci ne devant pas éclipser la réalité du « nous ». En effet, Dieu s’est acquis « un peuple » au prix du sang de son Fils bien-aimé.
  • L’orgueil. On peut l’appeler le syndrome L’Oréal évangélique : « Parce que je le vaux bien. » Il ne faudrait pas que l’homme occupe la place centrale dans les chants de louanges au point que Dieu n’agit plus pour sa propre gloire mais pour répondre aux besoins de ses créatures. C’est là une déformation de ce qu’est la grâce : un don immérité. Dieu manifeste sa gloire dans le salut au travers du jugement[10]. L’homme n’est pas au centre de l’histoire de la rédemption, car c’est Dieu lui-même qui se glorifie en son Fils Jésus-Christ pour la plus grande joie du peuple qu’il s’est choisi.

La gloire de Dieu et non celle de l’homme doit être au centre des cantiques. Cela apparaît difficile dans société qui chérit sa « liberté » par-dessus toute autre chose…et souvent au dépend des autres.

…à suivre…

Références :

[1] E.P. Clowney, L’Eglise, Ed. Excelsis, 2000, 122.

[2] Ep 5.23.

[3] Ep 2.20.

[4] E.P. Clowney, op. cit.,122.

[5] Ibid., 123.

[6] Ibid., 124.

[7] 2 Co 4.4-6 ; Ep 2.8 ; Jn 1 et  3.

[8] Rm 3.21-28 ; 2 Co 5.17ss.

[9] Hé 1.1-2.

[10] J’emprunte cette expression à Jim Hamilton (God’s Glory in Salvation through Judgment, Crossway 2010) qui l’utilise pour définir le centre de la théologie biblique.

 

0 réponses sur "La louange dans nos églises (1/2)"

    Laisser un message

    À propos

    Multi-C est la plateforme de formation en ligne gratuite de l'Union Baptiste.

    Qui est en ligne?

    Aucun membre ne se trouve actuellement sur le site
    Copyright© 2015- Union d'Églises Baptistes Francophone du Canada | Site développé par Nelmedia. Tous droits réservés.
    Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial
    error

    Suivez-nous !!!

    Facebook
    Facebook