Dieu me promet-il la réussite ?

Bien que je ne sois pas un grand amoureux de la rhétorique politicienne, il m’est néanmoins nécessaire de répondre à la question posée à la fois par l’affirmative et la négative. Je dois quand même avouer qu’une telle ambiguïté dans ma réponse est possible grâce à la façon dont la question est construite, et plus particulièrement à cause de l’ambivalence du terme « réussite ».

Pour approfondir cette question, je vous propose une courte promenade sur le sentier du psaume 1.

Le texte central de notre problématique se trouve au verset 3, lorsque le psalmiste décrit la marche et le cheminement du croyant fidèle qui médite la Torah jour et nuit : Tout ce qu’il fait lui réussit.

Est-ce que Dieu promet au croyant de réussir dans tout ce qu’il fait ? Oui, assurément !

Est-ce que Dieu promet au croyant une réussite indéfinie quoi qu’il fasse ? Non, assurément pas !

Le psaume 1 est le texte biblique qui nous introduit dans le monde hautement coloré du psautier. Dans sa souveraineté, Dieu nous a donné ce psaume et l’a positionné telle une porte portant de riches gravures fortes en contrastes. C’est un psaume très binaire qui nous offre une vision du monde hautement tranchée qui ne nous permet pas d’y discerner de zones grisâtres.

Le monde ne se limite qu’à deux type de personne : le juste et le pécheur.

Il n’existe pas une multiplicité de finalités pour la vie humaine : il n’y en a que deux qui sont alors les conclusions nécessaires de la voie ainsi suivie. Le psalmiste se limite à nous en donner la description sans se soucier de nous expliquer pourquoi le monde d’aujourd’hui est ainsi.

Mais ce qu’il ne dit pas tout en le présupposant, chose qui sera d’ailleurs développée à une certaine mesure dans le psaume 2, est que Dieu règne sur sa création, qu’il règne sur l’humanité en tant que Seigneur, bienfaiteur et juge. Le juste est alors décrit comme celui qui ne marche pas, ne pense pas comme le pécheur. Il choisit de ne pas construire sa vie en cheminant sur un chemin caractérisé par le péché, la méchanceté et la moquerie. Il rejette le mal car il désire vivre sous l’autorité royale de son Créateur, le Dieu avec qui il est lié dans le cadre de l’ancienne alliance.

Mais son attitude ne s’exprime pas uniquement par la négative, il est aussi celui qui prends plaisir en la Torah de Dieu : il chérie ses enseignements au fond de son cœur, ils sont une source de méditation continuelle en tant que document fondateur de l’alliance à laquelle il appartient.

Le fidèle est ainsi un homme qui est modelé par les enseignements de son Dieu dans le cadre de l’alliance qui le lie à ce dernier.

Le psalmiste décide alors d’utiliser l’image vétérotestamentaire de l’arbre. Le juste est comme cet arbre planté près d’un courant d’eau. C’est un arbre qui réussit. Cette réussite est alors décrite avec les caractéristiques attendues d’un arbre en bonne santé qui est sans cesse abreuvé : Il porte son fruit en sa saison et son feuillage ne flétrit point.

Ainsi, la réussite du fidèle, qui se trouve avant tout caractérisée dans les premiers versets par le fait d’être bénie et heureux par son créateur, est semblable à un arbre qui porte son fruit, un arbre qui accomplie ce pour quoi il a été créé avec les caractéristiques propre à son espèce. Si c’est un pommier, il ne produira pas des oranges. Sans vouloir pousser l’analogie utilisée par l’auteur à l’excès, force est de constater qu’il serait quelque peu inconvenant de dire que le psautier promet « amour, gloire, richesse et santé » aux chrétiens par ce qu’il a dit « tout ce qu’il fait lui réussit » au verset 3.

Nous arrivons à un point clé de notre réflexion qui doit guider chacune de nos réflexions bibliques : Nous devons toujours veiller à ne pas comprendre et définir les termes bibliques exclusivement à la lumière de notre culture. Concrètement, lorsque nous lisons un verset tel que le verset 3, nous nous devons de nous poser la question de la définition biblique du terme utilisé. Sa définition dans le psaume dans lequel il apparait, puis dans l’ensemble du psautier, puis dans l’ensemble de l’Ancien Testament et enfin dans le Nouveau Testament, conclusion historique et rédemptive de l’Ancien Testament.

La réussite, comprise alors dans les catégories bibliques, n’est pas de rouler en Ferrari avec un compte en Suisse bien remplie. Dans les catégories vétérotestamentaires de l’ancienne alliance, alors contexte de l’auteur, la réussite était alors comprise dans le plein accomplissement de la promesse de Dieu d’être un peuple au milieu duquel Dieu siège et règne. Un peuple qui adore son Dieu, un peuple qui prospère alors dans la terre qui lui fut alors donnée.

Mais, tout comme les plaintes successives du psautier le démontreront, Israël ne put expérimenter une telle chose à cause de l’indocilité constante de son cœur, à cause de son idolâtrie perpétuelle. Les exils successifs ont été tel ces vents successifs qui ont dissipés Israël. Israël ne fut alors que l’expression, au sein d’un peuple dans l’histoire, de la dépravation profonde et insurmontable qui caractérise chaque cœur humain. Mais Jésus-Christ est venu, lui le vrai, le parfait et juste Israel. C’est lui seul qui vécut une vie parfaite : Il ne marcha pas selon le conseil des méchants, il ne s’arrêta pas sur la voie des pécheurs, il ne s’assied pas en compagnie des moqueurs, mais il trouva son plaisir dans la loi de l’Éternel, et il la médita jour et nuit ! Sa réussite fut totale… tout en étant paradoxale ! Il fut trahi, abandonné, frappé, torturé, condamné à mort injustement après avoir passé une vie au service de la justice et de son Père, tout en ayant pas un endroit ou poser sa tête. Mais après avoir été mis au tombeau, il ressuscita le troisième jour et il inaugura l’accomplissement des de l’ensemble des promesses de l’Ancien Testament.

Cet accomplissement, intégrant la vision vétérotestamentaire de la rédemption (particulièrement présente chez les prophètes exiliques et postexiliques), fut inauguré par lui-même, dans le corps glorifié qu’il reçut à la résurrection, montant ensuite vers le Père pour siéger à sa droite et ainsi envoyer un nouveau consolateur, le Saint-Esprit, pour constituer et édifier Son peuple.

Jésus-Christ fut ainsi tel cet arbre planté près d’un courant d’eau qui était splendide et portait un fruit unique. Mais il fut coupé, retranché et défiguré. Mais cet arbre, quoique mort, fut ressuscité, il est un arbre au long et grand feuillage qui est planté au centre de la Jérusalem céleste. Il est l’unique homme, Dieu le Fils qui a accepté de s’humilier pour un temps dans son incarnation, qui a finalement réussie tout ce qu’il a fait car il est le seul qui est juste et intègre.

Ainsi, à la lumière de tout cela, comment comprendre cette promesse du Psaume 1 et comment nous l’approprier ?

La réussite que nous pourrons vivre sera un écho de la réussite du Christ auquel nous sommes dorénavant greffés par le moyen de la foi, cela ne vient pas de nous, mais un don de Dieu. C’est la pleine réussite du Christ, dans sa mission de rédemption, qui nous permet aujourd’hui de marcher dans une voie de réussite. C’est lui qui s’est chargé de nos iniquités, c’est lui qui a pleinement reçu ma condamnation et le juste jugement du Père dans sa mort. C’est lui qui a été justifié par le Père, lorsqu’il le ressuscita aux yeux du monde entier, le déclarant juste et roi. Unis au Fils par le Saint-Esprit, nous pouvons alors être transformés de gloire en gloire à l’image du Fils.

A l’image du Fils, cet arbre sur lequel nous sommes greffés, nous apprenons à rejeter le mal sous toutes ses formes et nous apprenons à prendre plaisir jour après jour, nuit après nuit, dans la Parole de notre Dieu.

Nos pensées, nos ambitions et finalement nos actes sont alors modelés comme de l’argile entre les mains du divin potier et le ciseau de la Parole entre les mains du Saint-Esprit nous façonne de gloire en gloire.

Notre conception de la réussite est alors elle aussi modelée, elle n’est plus centrée sur nous, mais sur le Christ lui-même et sur le plaisir que nous trouvons en Lui au travers de sa Parole.

Nous comprenons alors avec pertinence que le terme réussite n’a de sens qu’avec le cadre dans lequel il se manifeste. En Tant qu’être humain, nous avons été créé pour refléter et propager la Gloire de Dieu, ainsi la réussite humaine est l’épanouissement croissant à l’image du Christ. Cet épanouissement est l’antithèse du mensonge propagé dans notre culture que la créature est plus digne que le Créateur, que mon bien est un facteur de réussite plus important que l’intensité et la clarté du reflet de la gloire de Dieu que nous offrons à ceux qui nous observent.

Ainsi, Dieu me promet-il la réussite ? Oui, greffé alors au Christ, nous serons un arbre qui porte son fruit en sa saison et dont le feuillage ne flétrie pas. Cette réussite sera ainsi bénédiction, car Dieu connait et préserve notre marche. Nous serons aussi « heureux », car nous manifesterons une joie profonde et indestructible qui a su s’enraciner en Dieu lui-même au travers d’un plaisir constant et croissant en sa Parole…et cela alors que nous serons nécessairement amenés à traverser à ses côtés un jour  la vallée de l’ombre de la mort.

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